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Publié le 10 mars 2022

Edito, en lien avec actualité

Lorsqu’il y a 2 ans, nous avons choisi de mettre en avant le cinéma de la Mer noire, notre ambition était de montrer la richesse d’un territoire, pluriel, pluriculturel mais gardant de par son histoire une identité commune.

Nous ne pouvions prévoir alors que la situation politique entraînerait aujourd’hui les conséquences que nous connaissons.

Bien sûr Atmosphères 53 soutient de tout coeur le peuple ukrainien, qui subit cette terrible guerre, mais pense également aux populations russes, géorgiennes, roumaines, bulgares, qui sont profondément affectées par cette guerre, qui risque fort de ne pas les laisser indemnes.

Néanmoins, il s’agit pour Atmosphères 53 et son festival de mettre en avant une culture cinématographique, des réalisateurs, des scénaristes qui rencontrent souvent, (comme c’est par exemple le cas de Zviaguintsev ou Serebrennikov, mis à l’honneur dans cette édition) de grandes difficultés à travailler sur place et à s’exprimer librement sans en subir les conséquences.

La culture et les hommes et femmes qui la représentent sont souvent les premiers à souffrir de ces régimes politiques. Il n’est pas concevable de leur supprimer leur liberté d’expression. Dans cette logique, nous maintenons notre programmation des Reflets 2022, et nous vous invitons à soutenir le monde du cinéma à travers ses artistes, leur regard aiguisé et critique sur leur société, et à mieux comprendre ce territoire si complexe qu’est la Mer Noire.

Stéphanie Doye, présidente d’Atmosphères 53
et Audrey Bénesse, directrice artistique d’Atmosphères 53

 

Par ailleurs, voici également un texte écrit par Sergei Loznitsa,
grand cinéaste ukrainien à qui nous consacrons un focus :

«Le 24 février 2022, alors que les régiments russes venaient juste d’envahir l’Ukraine, le tout premier message que j’ai reçu émanait de mon ami Viktor Kossakovski, metteur en scène russe : « Pardonne-moi. C’est une  catastrophe. J’ai tellement honte. » Puis, plus tard dans la journée, Andrei? Zviaguintsev, très faible encore après une longue maladie, enregistrait le sien en vidéo. De nombreux amis et collègues, cinéastes russes, se sont élevés contre cette guerre insensée. Lorsque j’entends, aujourd’hui, des appels visant à interdire les films russes, ce sont ces personnes qui me viennent à l’esprit, ce sont des gens bien, des gens dignes. Ils sont tout autant que nous les victimes de cette agression. Ce qui se déroule sous nos yeux en ce moment est affreux, mais je vous demande de ne pas sombrer dans la folie. Il ne faut pas juger les gens sur leurs passeports. On ne peut les juger que sur leurs actes. Un passeport n’est dû qu’au hasard de la naissance, alors qu’un acte est ce qu’accomplit lui-même l’être humain.»
Sergueï Loznitsa (traduit du russe par Joël Chapron)