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Editos

Reflets des cinémas africains

Quel long suspense ! Si les Reflets sont d’ordinaire attendus par tous les cinéphiles mayennais, les Reflets des cinémas africains l’auront été particulièrement puisque nous avons dû par deux fois les repousser, à cause de la pandémie. Fallait-il pour autant nous décourager, les délaisser et choisir une autre contrée afin de donner l’impression de tourner la page ? Au contraire ! Malgré les difficultés, Atmosphères 53 n’a jamais souhaité abandonner son projet et changer sa destination. Pour plusieurs raisons. La première d’entre elles est liée à notre histoire. En effet le projet des Reflets est né en 1988, quand quelques amoureux du 7e art emmenés par Jean-Yves Roy, ont décidé de montrer une quinzaine de longs-métrages africains sur les écrans du Vox et du Théâtre, à Mayenne. Il nous semblait important  non seulement d’insister sur ce lien, mais de rappeler également la force presque visionnaire de nos prédécesseurs et le courage des différentes collectivités qui ont accompagné notre déploiement au niveau des villes, des communautés de communes puis de l’ensemble du département. Comment mieux faire leur éloge sinon en ravivant nos souvenirs et en montrant à la fois la continuité de notre action et ses évolutions ?

L’autre raison est humaine : de nombreux artistes africains avaient accepté de venir en février 2020, malgré des conditions déjà difficiles ; ils ont, pour certains, retardé leur venue au mois de février 2021 quand cette hypothèse a été avancée. À chaque fois, les uns comme les autres ont tenté de répondre à nos demandes avec une grande disponibilité et un sens de l’amitié remarquable. Comment aurions-nous pu les oublier au moment de la reprise de l’activité cinématographique, quand bien même la liste des invités a évolué ?

La dernière raison est artistique. L’Afrique retrouve sa place sur les écrans. Après avoir été longtemps négligés par les programmateurs, ses films sont à nouveau accueillis par les grands festivals (Cannes, Locarno, Berlin…) et plébiscités par les spectateurs. On ne compte plus les réalisateurs marocains, burkinabés, soudanais, maliens, etc. auxquels on rend hommage. N’est-il pas temps de montrer largement leur production également en Mayenne ? Nous le faisons avec d’autant plus d’enthousiasme que le continent africain est vaste, multiple, pluriel ; loin d’être cet espace uniforme auquel on veut trop souvent le réduire, il est riche d’une belle diversité. Il n’y a pas un pays, mais des pays ; pas un paysage, mais des paysages ; pas une langue mais des langues ; pas une cinématographie mais des cinématographies.

« Dans les films africains, nous sommes invités à écouter l’image », disait la chef-monteuse Andrée Davanture. Après une si longue attente, voilà une proposition que ne se refuse pas ! Bon festival ! 

Yannick Lemarié
Président d’Atmosphères 53